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La mémoire du réseau Possum
en Belgique, en France et en Autriche

par Jean-Pierre HUSSON

Un réseau oublié
Le souvenir du commandant Potier en Belgique
Le souvenir de Possum en Bretagne
Le souvenir de Pierre Geelen dans l'Indre
Le souvenir de Possum à Fismes
Le souvenir de Possum et du commandant Potier à Reims
Le souvenir de Possum dans d'autres communes de la Marne :
Sillery et Ambonnay
Mailly-Champagne
Savigny sur Ardres
Châtillon sur Marne
La plaque à la mémoire de Charles Ledru au Château de Schloss Hartheim en Autriche
Un travail de mémoire qui se poursuit

____

 

 

 


Un réseau oublié

   En Belgique comme en France, l'histoire du réseau Possum n'a encore fait l'objet d'aucune étude approfondie, et la mémoire, je devrais dire les mémoires de ce réseau, restent dispersées, partielles, parfois contradictoires, ce qui peut s'expliquer par les circonstances douloureuses de sa chute, sa double implantation en Belgique et en France et la complexité de ses rapports avec les autres réseaux et organisations de Résistance.
   En France, à l'exception du Monument de Plouha en Bretagne, aucun des monuments,
des stèles et plaques commémoratives, des sépultures qui rendent hommage individuellement ou collectivement aux membres de Possum morts sous la torture ou dans les camps de concentration nazis, ne font jamais allusion à l'existence de ce réseau, sur lequel pèse une sorte de malédiction.

Le nom de Possum gravé sur le monument de la Plage Bonaparte à Plouha

   Ils ont été, au pire oubliés comme beaucoup de résistants qui avaient accepté de se mettre au service de réseaux étrangers comme ont été longtemps perçus les réseaux SOE. Au mieux, ils ont été amalgamés, assimilés à ceux qu'on a honorés après la guerre comme les « martyrs » ou les « héros » de la Résistance, sans que soit signalée leur appartenance à Possum. .
   L'oubli qui s'est abattu sur le réseau Possum, concerne en premier lieu son chef, Dominique POTIER.


Le souvenir du commandant Potier en Belgique

À Bruxelles

   Le 24 août 1950, à Reims, la dépouille du commandant POTIER a été exhumée du cimetière du Sud, déposée dans un nouveau cercueil, pour être transférée en Belgique.
   Le cercueil du commandant POTIER a d'abord été amené en même temps que cinq autres cercueils d'aviateurs belges tués en territoire français pendant la Seconde Guerre mondiale à Arras, où une manifestation solennelle du souvenir s'est déroulée en présence de leurs familles et des autorités françaises et belges, et où les honneurs militaires leur ont été rendus par l'Armée française.
   Le 5 septembre 1950, les cercueils ont été rapatriés en Belgique au cimetière communal de Bruxelles-Evere pour y être inhumés à nouveau le 18 septembre 1950, dans la Pelouse d'honneur Force aérienne 155, où les honneurs militaires leur ont été rendus par l'Armée belge.

Le transfert du cercueil du commandant Potier
au cimetière de Bruxelles-Evere le 18 septembre 1950

(  Photothèque du Musée Royal de l'Armée - Bruxelles )

   C'est là que repose la dépouille du commandant POTIER. Sur la stèle de pierre blanche sont gravées une croix et une inscription :

La sépulture du commandant Potier au cimetière de Bruxelles-Evere
(  Avec l'aimable autorisation du commandant Philippe Connart
)

D. Potier
Maj Avi
11. 01. 44
fusillé

      - D. = abréviation de Dominique, le premier prénom du commandant POTIER qui préférait se faire appeler par son second prénom, Edgard, écrit dans les documents le concernant tantôt avec un d, et tantôt sans d, principalement dans les archives britanniques.
      - Maj Avi = abréviations de « major aviateur », ce qui est un titre ou brevet spécifique de l'Armée de l'Air belge, tandis que l'abréviation « Avn » est utilisée pour désigner le personnel non-navigant.
      - 11. 01. 44 = 10 janvier 1944, date de la mort du commandant POTIER figurant sur l'acte de décès enregistré sur les registres de l'état civil de Reims.
      - fusillé = pieux mensonge qui s'explique sans doute par le fait que le commandant POTIER était catholique, et qu'à cette époque, il n'était pas politiquement correct d'affirmer qu'un officier belge s'était suicidé. Le baron Jean de BLOMMAERT, chef de la Mission Rutland, qui avait été parachuté en même temps que POTIER lors de son retour à Fismes dans la nuit du 20 au 21 décembre, avait écarté pour les mêmes raisons sans doute, la thèse du suicide, considérant que POTIER, en bon officier belge, avait eu la trempe de résister jusqu'au bout à la torture.

   En 1954, au cours d'une cérémonie présidée par M. SPINOY, ministre de la Défense nationale, le nom du chef du réseau Possum a été donné à la 109e Promotion polytechnique de l'École royale militaire de Belgique, qui est devenue la Promotion Major Aviateur Dominique Potier. Le commandant POTIER avait lui-même fait partie de la 84e Promotion.

Souvenir du parrainage
de la
109e promotion polytechnique
Major Aviateur Dominique Potier

À Florenville

   Le nom d'Edgar POTIER est gravé sur le Monument aux morts de Florenville et en juillet 1996, une plaque commémorative a été érigée sur la façade de la maison où la famille de Dominique POTIER a résidé à Florenville en Gaume.

Le monument aux morts des deux guerres mondiales de Florenville
(  Avec l'aimable autorisation d'Annette Biazot
 )

L'inscription sur le monument aux morts de Florenville
utilise l'abréviation du deuxième prénom du commandant Potier Edgard
On y trouve égalemnt le nom de Georges Quinot le trésorier de Possum
mort au camp de Neuengamme

  

Inauguration de la plaque érigée à la mémoire du commandant Potier
6, rue des Mémorettes à Florenville le 1er juillet 1995
Laurent, le petit-fils de Gaston Biazot, dépose une gerbe de fleurs
( Avec l'aimable autorisation d'Annette Biazot
 )

Au Major aviateur
Edgard POTIER
Agent parachutiste
en territoires occupés
Fondateur de la ligne POSSUM
pour le rapatriement
des aviateurs alliés
Martyrisé à la prison
de Reims, s'est donné la mort
le 11.01.44 pour assurer
la certitude du silence à ses
compagnons de la résistance
guerre 1940-45


Le souvenir de Possum en Bretagne

   Le nom de Possum est gravé sur le monument " À la gloire de tous les réseaux d'évasion ", érigé en 1954 en haut de la falaise qui surmonte la plage Bonaparte, à Plouha dans les Côtes d'Armor.

Le monument de Plouha dans les Côtes d'Armor

Réseaux françois
Alsace
Vauderive
Possum

Missions
Oak Tree
Shelburn
8 août 1954

   Bien qu'étant un réseau d'évasion belge, Possum figure sur la liste des trois réseaux français ( en canadien « françois » ) dont ce monument honore la mémoire.

   Une route a été aménagée et un tunnel a été creusé dans la falaise pour faciliter l'accès à ce site sauvage devenu un haut lieu de la Résistance bretonne.

( Avec l'aimable autorisation de Jacques Péquériau )


Le souvenir de Pierre Geelen
dans l'Indre

À Néret

   Le 26 mai 1946, à Néret dans l'Indre, au Sud-Est de Châteauroux, une stèle a été érigée à la mémoire d'un groupe de trois agents SOE dont faisait partie Pierre GEELEN, au lieu-dit Acre, sur le bord de la route du Château d'Acre, là-même où ils avaient été parachutés dans la nuit du 5 au 6 avril 1944.

La stèle à la mémoire de Pierre Geelen et des ses camarades à Néret


   Pierre GEELEN, agent belge du réseau Carte, passé au service du réseau Physician-Prosper, puis recruté par le chef du réseau Possum, avait été renvoyé en septembre 1943 en Angleterre, où le capitaine DELLOYE de la Sûreté de l'État belge lui avait fait signer une déclaration par laquelle il s'engageait « à garder le secret le plus absolu » sur la façon dont il était arrivé en Angleterre.
   Bien que complètement brûlé et fiché par le SD, GEELEN a été renvoyé en France par le SOE quelques mois plus tard, après avoir reçu un entraînement en Écosse et avoir été promu au grade de lieutenant.
    La mission du groupe dont il faisait partie, était de faire sauter un bâtiment occupé par l'état-major allemand près d'Angers, puis d'organiser un groupe de sabotage qui devait détruire les voies ferrées de la gare de triage de Saint-Pierre-des-Corps, dans la banlieue de Tours.
   Mais le 27 avril 1944, alors qu'ils cherchaient à entrer en contact avec la résistance locale, ils sont tombés sur un agent double, ont été arrêtés par la Gestapo et internés à Fresnes.
 
  Le 8 août 1944, Pierre GEELEN et ses deux camarades sont déportés au camp de Sarrebruck-Neue-Bremm, puis transférés le 17 août à Buchenwald, où il reçoit le matricule 14 185 (matricule déjà attribué à un autre déporté décédé). Selon le Livre-mémorial des déportés de France ils font partie d’un groupe de seize résistants, en majorité des agents SOE, qui  sont pendus à Buchenwald le 10 septembre 1944.
.  Sur cette stèle érigée à l'initiative des parents du capitaine Marcel LECCIA qui commandait ce groupe, est gravé un parachute portant une plaque sur laquelle sont aussi inscrits les noms de ses deux camarades, le lieutenant belge Pierre GEELEN, et le lieutenant français, Élisée ALLARD.

Parachutés
à Néret
le 6 avril 1944

Exécutés
à Buchenwald
le 14 septembre 194
4

À la mémoire de notre fils
le capitaine Marcel LECCIA
et de ses camarades
les lieutenants
ALLARD et GEELEN
fusillés à Buchenwald
le 14 septembre 1944
––––
Dignes descendants de nos héros


À Valençay

   Le nom de Pierre GEELEN figure aussi sur la plaque commémorative érigée au pied du Mémorial de la section française du SOE de Valençay dans l'Indre, un département où ont été parachutés de nombreux agents SOE.
   Le monument qui se dresse à la sortie Nord-Ouest de la ville sur la D 956 au centre du Rond-Point Charles de Gaulle a été inauguré le 6 mai 1991 par André MÉRIC, secrétaire d'État chargé des anciens combattants et victimes de guerre, en présence d'Elisabeth, reine mère de Grande-Bretagne.

Le mémorial de la section française du SOE à Valençay

LTN    GEELEN    P. A. H.

Lieutenant GEELEN Pierre Albert Hubert


Le souvenir de Possum
à Fismes

   Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le conseil municipal de Fismes a affirmé sa volonté d'honorer la mémoire des déportés-résistants fismois.
   Le 17 novembre 1945, le principe de débaptiser plusieurs noms de rue pour les donner à des noms de déportés a été retenu.
   Le 31 août 1946, la demande d'autorisation de changer les noms de 14 rues de la ville de Fismes a été adressée au préfet de la Marne qui a donné son accord.

Ancienne dénomination
Nouvelle dénomination
Rue de la Gare Rue du Docteur Génillon
Ancien Faubourg de Vesle ( partie Nord ) Rue Hildevert Lefèvre
Rue de Chézelles Rue Joseph Miziak
Rue de la Vignette Rue Roland Dervin
Ancien Faubourg de Vesle ( partie Sud ) Rue Marie Boivin
Rue Buzard Rue Camille Rigaux
Rue du Bassin Rue Charles Ledru
Rue de Blanzy Rue Eugène Gobert
Rue de Saint-Gilles Rue René Letilly
Rue de la Fontaine Chaudru Rue Jean Hubert
Rue Saint-Nicolas Rue Jeanne Dézothez
Rue Vieille de Soissons Rue Maurice Dézothez
Rue Nouvelle Rue George Tangre
Route de Merval Rue Henri Dambreville

 

  
     Au cours des séances du 19 novembre 1945 et du 21 juin 1947, la décision a été prise de dénommer symboliquement la salle de réunion du Conseil municipal " Salle Docteur Génillon " et d'y apposer une plaque. Façonnée dans un marbre noir d'après une maquette réalisée par Raymond GALLET, cette plaque porte l'inscription suivante en lettres dorées :

Salle Docteur GÉNILLON
ancien maire de Fismes
de 1934 à 1936 - de 1937 à 1943
Chevalier de la Légion d'honneur
Croix de Guerre 1914-1918
Medal of Freedom 1945
Arrêté dans l'exercice de ses fonctions le 31-12-1943
Mort pour la France à Buchenwald le 29-2-1944

   Le 15 janvier 1946, a été créé un Comité du souvenir aux Victimes de la Résistance présidé par Étienne LANIER, qui se fixait pour objectif de faire ériger un monument commémoratif sur la Place de l'Hôtel de Ville à la mémoire des déportés de Fismes. Raymond GALLET en était le vice-président et Camille RIGAUX fils, le secrétaire-trésorier. Lucien LABDANT, Émile LASSAUT, Guy PRIOLET et Lucienne LEDRU en étaient membres.
   Un Comité d'érection fut chargé de récolter des dons, d'organiser une souscription publique et d'effectuer toutes les démarches administratives relatives à ce projet.

Au profit du Monument          18 mai 1947

Carte de souscription pour l'érection du monument
Photographie publiée dans L'Échauguette de Fismes, n° 15, juillet 2004 

  Le monument a été inauguré le 18 mai 1947 en présence de Pierre SCHNEITER, ancien sous-préfet de Reims à la Libération et député MRP de la Marne, du sous-préfet de Reims, ESCANDE, du docteur BERTHO, maire de Fismes, et du commandant BERTIN, président départemental de Ceux de la Résistance.
   Une messe a été célébrée par l'abbé Georges MICHAUX, vicaire de Châtillon sur Marne, ancien résistant-déporté qui avait été en contact pendant la guerre avec le groupe de Résistance de Fismes, sur un autel dressé au pied du monument.

L'abbé Michaux vicaire de Châtillon-sur-Marne pendant son sermon
( Photographie publiée dans L'Échauguette de Fismes, n° 15, juillet 2004 )

   Étienne LANIER, président du Comité du souvenir, confia le monument à la sauvegarde de la ville de Fismes.
   Le maire, le docteur BERTHO dévoila le monument, procéda à l'appel des « morts sans croix », et affirma que la ville de Fismes ne faillirait pas « à l'honneur de garder le souvenir des déportés morts pour une même cause, sans distinction d'opinions ».

Le docteur Bertho, maire de Fismes dépose
une gerbe au pied du monument

( Photographie publiée dans L'Échauguette de Fismes, n° 15, juillet 2004 )

   Pierre WIART, maire de Courlandon et président de l'Association des Déportés de Fismes et de sa région, retraça ce qu'avaient été le combat clandestin de la Résistance dans le secteur de Fismes, les arrestations, les tortures, la déportation.
   Pierre SCHNEITER évoqua le souvenir du docteur GÉNILLON et s'inclina devant les familles des déportés.
   L'inauguration s'acheva par un court moment de recueillement devant le monument aux morts communal tout proche, afin d'associer les morts sur les champs de bataille des deux guerres mondiales aux morts dans les camps de déportation.

   Le Monument aux morts sans croix de Fismes a été érigé sur la Place de la Résistance, face à l'Hôtel de ville, à l'emplacement où était stationné le camion allemand qui a emmené les habitants de Fismes arrêtés par la Gestapo le 30 décembre 1944, ainsi que les deux aviateurs alliés Ian ROBB et Robert HARPER.

   Le monument a été construit en granit. Dans sa partie supérieure est gravée une Croix de Lorraine associée au V de la victoire, symbole de Résistance.
   Sa partie centrale est constituée d'une urne surmontée d'une flamme sculptée, qui symbolise l'urne plombée scellée dans le monument, où ont été déposées les cendres provenant des camps de concentration dont les noms sont inscrits dans la pierre.
   Il est dédié aux morts sans croix, c'est-à-dire aux quatorze Fismois qui sont morts en déportation.

1943-1945
Dachau
Buchenwald
Mauthausen
Neuengamme
Ravensbrück
Flossenburg

La Ville de Fismes
à ses morts sans croix

BOIVIN Marie
DEZOTHEZ Jeanne
DAMBREVILLE Henri
DERVIN Roland
DEZOTHEZ Maurice
GÉNILLON Fernand
GOBERT Eugène
HUBERT Jean
LEDRU Charles
LEFÈVRE Hildevert
LETILLY René
MIZIAK Joseph
RIGAUX Camille
TANGRE Georges

Plaque familiale à la mémoire de René Letilly

La plaque de l'Union sportive fismoise
à la mémoire de Jean Hubert et de Charles Ledru

L'US Fismoise
à
HUBERT Jean
LEDRU Charles

Plaque familiale à la mémoire de Joseph Miziak

À notre fils et frère chéri
Joseph MISIAK
décédé le 2 novembre 1944
au camp de Flossenbürg
dans sa 17e année

Joseph Misiak
Archives du COSOR

   Le 11 novembre 1948, la ville de Fismes a été citée à l'ordre de la division et a reçu la Croix de guerre avec étoile d'argent.
   La citation signée par Max LEJEUNE, secrétaire d'État aux Forces armées, lui rendait hommage certes en évoquant l'existence de Possum, mais en écorchant son nom écrit « Posum » avec un seul set en l'associant au réseau Hector, sans faire aucune allusion à ses origines belges.


CITATION

Décision n° 79

Le secrétaire d'État aux Forces armées Guerre,
Max Lejeune, cite à l'ordre de la Division Fismes ( Marne )

    « Ville déjà détruite en 1914-1918. À peine relevée de ses ruines a subi en 1940 de violents bombardements, détruisant plus de 45 immeubles et en endommageant fortement plus de 240.
   Population d'un ardent patriotisme, a contribué pour une large part à la victoire des Alliés. Centre important
de résistance, formation de deux réseaux clandestins Hector et Posum
[ sic ] a sauvé et hébergé plus de 70 aviateurs alliés dont 19 ont été rapatriés par avion. Arrestation de plus de 28 déportés politiques, dont le Maire de la Ville, 16 sont morts dans les camps de déportation.
   Cette citation comporte l'attribution de la croix de Guerre avec étoile d'argent ».

Fait à Paris , le 11 novembre 1948
Signé : Max LEJEUNE

   À cette occasion, des décorations furent remises à titre posthume aux familles des déportés.

Sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Fismes
Michèle Rigaux ( au centre ) et Marcelle Tangre ( à droite )
présentent sur des coussins la croix de guerre remise à la Ville
et les décorations remises à titre posthume aux familles des déportés

( Photographie publiée dans L'Échauguette de Fismes, n° 15, juillet 2004 )

La remise des décorations aux familles des déportés
( Photographie publiée dans L'Échauguette de Fismes, n° 15, juillet 2004 )

    En 1994, un supplément du Bulletin municipal de Fismes consacré à la Libération de la ville le 28 août 1944, rappelait dans son introduction ce que furent les années noires de l'Occupation et la Résistance à Fismes, ainsi que l'action menée par les réseaux Hector et Possum, clairement identifiés comme étant des réseaux séparés : « En 1942, des patriotes commencèrent à s'organiser, à résister à l'ennemi. Un premier réseau, appelé Hector fut mis sur pied. Indépendamment, Possum, autre réseau de résistance, fut créé en 1943 ».
   
   En 2004, dans le numéro spécial de la revue d'histoire locale L'Échauguette de Fismes, consacré à la Seconde Guerre mondiale, Thérèse BATTEUX évoquait le rôle joué par la ville de Fismes comme « centre d'hébergement et d'évacuation par les airs des aviateurs alliés », choisie pour sa situation géographique entre Laon, Reims et Soissons par le commandant POTIER, présenté comme un « agent de l'Intelligence Service », organisateur d'un « réseau appelé Hector puis Possum », suggérant en quelque sorte que le réseau Possum n'aurait été que la nouvelle appellation et le prolongement d'un réseau préexistant, le réseau Hector.

   Le 8 mai 2006, une plaque commémorative a été inaugurée au domicile du docteur Fernand GÉNILLON, située au numéro 7 de la rue qui porte son nom.

7, rue du docteur Fernand Génillon anciennement rue de la gare
la maison du docteur Génillon à Fismes

La plaque professionnelle du docteur François Génillon,
toujours en place en 2006

La plaque commémorative inaugurée le 8 mai 2006

Passant souviens-toi
Ici demeurait
le docteur GÉNILLON
maire de Fismes
arrêté et déporté
le 31.12.1943
décédé le 29.02.1944
à Buchenwald

   Le 11 novembre 2006, le fils du chef du réseau Possum, Fred GREYER et son épouse Joan, invités par la ville de Fismes, ont participé le matin à la cérémonie du souvenir organisée à la mémoire des morts des deux guerres mondiales, et l'après-midi à la conférence consacrée à l'histoire de Possum à Fismes.

La cérémonie du souvenir à Fismes
le 11 novembre 2006

Recueillement devant le monument des déportés de Fismes
où vient d'être déposée une gerbe de fleurs
De part et d'autre du monument,
les représentants des associations patriotiques
et Jean-Pierre Pinon, maire de Fismes, ceint de son écharpe tricolore
Au premier plan à droite : Fred Greyer et son épouse Joan

Pendant la sonnerie aux morts

Fred Greyer et son épouse Joan

L'allocution du maire devant le Monument aux morts des deux guerres mondiales
Au second plan, le commandant Philippe Connart et Fred Greyer

À l'issue de la cérémonie, les enfants des écoles de Fismes
accompagnés de leurs maîtresses, ont planté autour du monument
des bleuets, fleurs du souvenir

La conférence sur le réseau Possum

   La conférence consacrée à l'histoire du réseau Possum à Fismes s'est déroulée devant une assistance nombreuse et attentive rassemblée dans l'église Sainte Macre, la salle prévue initialement s'étant avérée trop petite.

Jean-Pierre Pinon, maire de Fismes,
présente Jean-Pierre Husson le conférencier


Le souvenir de Possum à Reims
et l'hommage rendu par la ville au commandant Potier le 30 août 2008

   À Reims, où s'est déroulée la descente de la Gestapo qui a entraîné la chute du réseau Possum, où son chef, le commandant POTIER, a été arrêté, interné et inhumé, l'histoire tragique de ce réseau n'a pas laissé beaucoup de traces, et jusqu'en 2008 , la ville n'avait pas conservé la mémoire de la mort héroïque de Dominique POTIER, ni du sacrifice des résistants qui ont risqué leur vie en se mettant au service de ce réseau.
   Les registres de l'État-civil de la ville comportent pourtant bien l'acte de décès du commandant POTIER qui a été dressé le 12 janvier 1944
sur la déclaration de Marc BEGIN, employé des Pompes funèbres.

   Le onze janvier mil neuf cent quarante-quatre, ....... heure, est décédé rue Cognacq Jay 43 : Edgard Dominique Antoine POTIER, domicilié à Charleroi ( Belgique ), rue Dourlet 105, né à Seraing ( Belgique ), le deux novembre mil neuf cent-trois, manœuvre, fils de Alphonse Joseph Potier, et de Léopoldine Joséphine Damin, son épouse.

   Dressé le lendemain, à dix-huit heures, sur la déclaration de Marc Bégin, trente-six ans, employé, à Reims, rue Salin 2, qui, lecture faite, a signé avec Nous : Paul Alphonse Edmond Hippolyte Guillemont, Chevalier de la Légion d'Honneur, premier Adjoint au Maire de Reims, officier de l'Etat civil par délégation.

Copie de l'acte de décès du commandant Potier enregistré
sous son véritable état-civil et avec l'étrange mention de « manœuvre »

   L'enregistrement, daté du 15 janvier 1944, de son inhumation dans la fosse commune figure bien dans les registres du Cimetière du Sud, avec la mention «  F. C. ( fosse commune ) à 1m 70 ».

L'enregistrement de l'inhumation daté du 15 janvier 1944 précise le lieu du décès
« H. américain »  Hôpital américain ( American Mémorial hospital )

   On y trouve également l'enregistrement en février 1944 de l'exhumation en bordure de fosse de la dépouille du commandant POTIER , pour être réinhumée décemment au même endroit, peut-être en présence de membres de sa famille, ainsi que la mention d'une nouvelle exhumation en 1950 pour transfert en Belgique.

Mois de février 1944

N° d'ordre : 93
Date d'inhumation : 19 février
Désignation des personnes inhumées :
POTHIER Edgard, Dominique, Antoine, 40 ans
époux de ......
Inhumé le 15 janvier 1944
Exhumé en bord de fosse le 18/2/1944 et réinhumé dans même fosse après changement de cercueil
F. C.
[ fosse commune ] à 1 m 70
Transporté en Belgique le 24 août 1950 ( exhumation en bord de fosse )
N° du plan : 67
Canton : 7
Fosse commune
   - n° de ligne : 1
   - n° de la fosse : 16

Prix de la Fosse
   - dû : 44 et 88 francs
   - acquitté : 55 francs

    Le 16 mai 1946, Madame POTIER ayant appris que des «  particuliers » se proposaient de faire exhumer le corps de son mari pour le transférer en Belgique, avait adressé une lettre au maire de Reims pour lui signifier qu'elle s'opposait à cette initiative :

   [...] Par la présente, je tiens à vous signaler que je m'oppose  formellement à tout transport qui ne se ferait pas à mon intervention ou à celle de l'office des sépultures militaires, service attaché au ministère de l'intérieur en Belgique, ou par l'Aéronautique Belge.
   À toutes fins utiles, veuillez noter que je me propose de faire effectuer ce transport dont il est question dans la pelouse d'honneur créée à cet effet par la ville de Bruxelles, dès que seront regroupés tous les aviateurs morts pour la patrie et que seront effectuées les formalités nécessaires [...]

Photographie sans date de la sépulture de Dominique Potier
identifié avec le grade de capitaine et sous le nom de Pottier avec deux « t »
avant l'exhumation de son cercueil au cimetière du Sud de Reims
et son transfert en Belgique en 1950

( Photo Claude Antoine communiquée par Annette Biazot
 )

   Le 25 juillet 1950, les services du ministère belge de l'Intérieur ont demandé au ministère français des Anciens combattants l'autorisation d'exhumer le corps du commandant POTIER pour le transférer en Belgique, autorisation qui a été accordée le 3 août 1950.

   Le 24 août 1950, l'exhumation et le transfert en Belgique du corps du commandant POTIER s'est effectué conformément au souhait exprimé dès 1946 par son épouse.

   Cependant aucun nom de rue, aucune plaque commémorative n'honorait la mémoire du chef du réseau Possum à Reims.

   Certes les deux déportées rémoises, Berthe AUBERT et Fernande MONDET, qui avaient appartenu au réseau Possum, n'ont pas été oubliées lorsque, le 21 août 1945, le conseil municipal de Reims a adopté, sur proposition d'un de ses membres, l'historien Gustave LAURENT, un projet d'érection de plaques commémoratives des déportés et fusillés, destinées à honorer la mémoire des victimes de la répression nazie durant l'occupation.
  Ce projet a été mis à exécution en 1947, à la suite d'une délibération du conseil municipal, réuni le 25 février, qui a prévu que « l'exécution des travaux comporte[rait] essentiellement la fourniture des plaques en pierre marbrière de Comblanchien, la gravure en lettres antiques de caractère sobre et harmonieux, des noms, circonstance et date de la mort des déportés et fusillés, la pose ensuite sur la façade des immeubles, au moyen de pattes de soutien en bronze ». Mémoire de pierre, ces plaques qui ont été apposées sur la façade des maisons de Reims où résidaient les victimes de la répression nazie pendant la 2e guerre mondiale conservent leur souvenir, mais ne précisent pas le mouvement de résistance ou le réseau auquel elles ont appartenu.

   Deux plaques ont ainsi été apposées à leur domicile.

28, rue Victor Rogelet à Reims
Les volets clos du rez de chaussée de la maison
où se trouvait Berthe Aubert lorsqu'elle a été arrêtée par La Gestapo

Ici demeurait
Berthe Marie Eugénie PETIT
épouse AUBERT
Patriote
Morte en déportation au camp
de Ravensbrück ( Allemagne )
en février 1945
1895-1945

161, rue Lesage à Reims

Ici demeurait
Fernande MONDET
Patriote
Morte au camp de Ravensbrück
( Allemagne ) en février 1945
1897-1945

   Les noms de Berthe AUBERT, née PETIT, et de Fernande MONDET, née DIETRICH, sont également gravés sur le Monument aux martyrs de la Résistance érigé en 1955 sur les Hautes Promenades, en contrebas de la perspective du Monument aux morts de la Ville de Reims.
   Le nom d'un troisième agent du réseau Possum mort en déportation à Dachau est gravé sur ce monument. Il s'agit d'Auguste MIEL, propriétaire de La Taverne de l'Opéra 4, rue de Thillois, qui avait hébergé en août 1943 l'opérateur-radio du réseau Possum, Conrad LAFLEUR.
   Auguste MIEL a été oublié en 1947 lorsque la Ville de Reims a décidé de faire apposer des plaques commémoratives sur la façade des maisons des victimes de la répression nazie, et sa mémoire est conservée sur le Monument aux martyrs de la Résistance sous le prénom de Raymond.

Le Monument aux martyrs de la Résistance de Reims

À droite la plaque sur laquelle sont gravés les noms des déportés

   Depuis 1994, un petit square porte leurs noms dans le quartier du Faubourg de Laon où elles habitaient, et où s'est déroulée la descente de la Gestapo qui a entraîné la chute du réseau Possum.

Square Berthe Aubert et Fernande Mondet
dans le quartier du Faubourg de Laon à Reims


    Mais les plaques apposées à leur domicile, les inscriptions du Monument aux Martyrs de la Résistance, et la plaque d'identification de ce square ne précisent pas que c'étaient des résistantes-déportées, ni qu'elles ont appartenu au réseau Possum.

   Une plaque commémorative a été apposée également en 1947 par la municipalité de Reims 33, rue Chabaud au domicile du docteur Lucien BETTINGER. Ce médecin, qui n'appartenait pas au réseau Possum, mais qui avait soigné des pilotes alliés hébergés dans les gîtes rémois de ce réseau, entre autres le navigateur Ian ROBB, a été arrêté par la Gestapo le 9 juin 1944, et déporté au camp de Dachau où il est décédé en février 1945.

Ici demeurait
Lucien Charles BETTINGER
Docteur en médecine
Patriote
Mort au camp de Dachau
( Allemagne ) le 2 février 1945
1884-1945

   La même année, ses amis ont apposé une seconde plaque commémorative portant en médaillon l'effigie du docteur BETTINGER et rappelant qu'il est « mort en déportation victime de la barbarie allemande ». À la demande de sa famille, ce dernier mot n'a pas été redoré lors de la réfection de cette plaque et apparaît à peine aujourd'hui.

   À l'emplacement de la maison de la rue Jeanne d'Arc, siège de la Gestapo où plusieurs membres du réseau Possum ont été interrogés et torturés, et qui a été rasée en 1986, a été implanté le Square des victimes de la Gestapo, inauguré en 1987.

La Maison de la Gestapo avant sa démolition en 1986
18, rue Jeanne d'Arc à Reims

Le Square des victimes de la Gestapo inauguré en 1987

Hommage aux martyrs de la Résistance
Français !
N'oublie jamais que pendant quatre années
d'occupation ( 1940-1944 ) la Gestapo a torturé
dans cet immeuble des centaines de patriotes.
Ils ont souffert. Ils sont morts pour la défense de ta liberté

Libération-Nord

La stèle et la fontaine du souvenir

  Il a eu le dernier courage.... celui de subir et se taire...
il a dépassé le  cap... alors, c'est facile, ce dernier combat gagné.
   Que lui importe désormais son sort... les coups ne se sentent plus...
les cris ne s'entendent plus... la mort sera délivrance...

   En 2007, à l'initiative de l'historien Jean-Pierre HUSSON, conformément aux souhaits exprimés par le fils du commandant POTIER, Fred GREYER, et grâce à la bienveillance du maire Jean-Louis SCHNEITER, le conseil municipal a décidé de réparer l'oubli dans lequel avait été laissée la mémoire du chef du réseau d'évasion Possum à Reims et de lancer la fabrication d'une plaque commémorative.
    Au cours de l'été 2008, cette plaque a été apposée
36, rue Jeanne d'Arc sur la façade de l'immeuble où le commandant POTIER avait été arrêté le 29 décembre 1943.
  Le 30 août 2008, à l'occasion du 64e anniversaire de sa Libération par les Alliés, la Ville de Reims a rendu hommage au commandant POTIER en présence de Fred GREYER, invité par Adeline HAZAN élue maire en mars 2008.

Square des victimes de la Gestapo de Reims - 30 août 2008
Adeline Hazan, maire de Reims et Jean-Claude Laval, maire-adjoint,
accueillent Fred Greyer, le fils du chef du réseau Possum



Fred Greyer se recueille devant la Stèle du souvenir
aux côtés de
Adeline Hazan, maire de Reims
Jean-Jacques Caron, sous-préfet de Reims
Catherine Vautrin, député de la Marne
et vice-présidente de l'Assemblée nationale
Denise Richard-Ognois, internée résistante ( au centre )
Yvette Lundy, agent du réseau Possum, déportée résistante
( à droite )

Le cortège quitte le Square des victimes de la Gestapo
pour se rendre devant la plaque du commandant Potier

Adeline Hazan, maire de Reims, rend hommage au commandant Potier
devant l'immeuble où le chef du réseau d'évasion Possum
a été arrêté le 29 décembre 1943

   « Le 29 décembre 1943, le commandant Dominique Edgard Potier a été arrêté dans cet immeuble de la rue Jeanne d’Arc.
   Officier de l’Armée de l’air belge qui avait rallié Londres, il était chargé de mettre en place à Reims et dans la région un réseau d’évasion destiné à ramener au Royaume-Uni les équipages alliés abattus en territoire occupé.
   Affreusement torturé, il a tenté de se donner la mort à la prison Robespierre.
   Conduit agonisant à l’Hôpital de Reims, il y est décédé le 11 janvier 1944 dans d’horribles souffrances sans avoir parlé.
   En se recueillant devant cette plaque, en présence de son fils, les Rémois rendent hommage au chef du réseau Possum ainsi qu’aux résistants rémois morts en déportation qui se sont mis au service de ce réseau et dont les noms sont gravés sur le Monument aux martyrs de la Résistance de notre ville. »

36, rue Jeanne d'Arc
La plaque du commandant Potier...

... saluée pendant la sonnerie aux morts par le colonel Gilles Perrone,
commandant de la base 112, commandant d'armes de la Place de Reims
et par Jean-Jacques Caron, sous-préfet de Reims

Dans le grand salon d'honneur de l'Hôtel de Ville de Reims
Adeline Hazan remet un cadeau à Fred Greyer
après avoir rendu une nouvelle fois hommage à son père, le commandant Potier


Le souvenir de Possum
dans d'autres communes de la Marne


À Sillery et à Ambonnay

   À Sillery, les noms des cinq membres du réseau Possum morts en déportation, sont gravés sur la stèle érigée à côté du Monument aux morts communal, près de l'église paroissiale, mais là encore sans préciser qu'ils étaient des résistants-déportés ayant appartenu au réseau Possum.

La stèle aux martyrs de la résistance de Sillery

Aux
Martyrs de la Résistance
Sillery
à ses morts
1944                           1945

Mort en 1944
PICON Raymond

Morts en 1945
BENARD Paul
SERPE René
GEORGETON Gaston
MANGENOT Roger

La mémoire de Gaston GEORGETON est également honoré dans le cimetière d'Ambonnay où a ét inhumée son épouse Marcelle.

Dans le cimetière d'Ambonnay

L'hommage des pilotes britanniques


À Mailly-Champagne

   À Mailly-Champagne, le nom de de KÉGEL est gravé sur le monument aux morts communal dressé à la sortie du village en direction de Sillery, avec son troisième prénom Pierre.
    Il figure sous la mention « morts en exil » avec deux autres victimes qui sont sans doute des prisonniers de guerre ou des requis du STO, morts en Allemagne, et sans aucune allusion à son appartenance au réseau d'évasion Pössum.

Le Monument aux morts de Mailly-Champagne


À Savigny sur Ardres

   À Savigny sur Ardres, le nom de Joseph TIRANT DE BURY est gravé avec la mention « déporté » sur le monument aux morts communal érigé à l'ombre de l'église paroissiale.

Le Monument aux morts de la commune de Savigny sur Ardres

   Sa mémoire est également honorée par une plaque commémorative qui rappelle son passé de « résistant », sans référence à Possum, qui été érigée à l'entrée de la demeure familiale de la Famille TIRANT DE BURY en contre-bas de l'église paroissiale.
   C'est dans cette demeure où le colonel de GAULLE avait enregistré le 21 mai 1940 une déclaration qui annonçait déjà son appel à poursuivre le combat lancé le 18 juin à la BBC, que Joseph TIRANT DE BURY a été arrêté par la Gestapo.

La demeure familiale de Joseph Tirant de Bury à Savigny sur Ardres

Ici demeurait
Joseph TIRANT DE BURY
Résistant
Né le 6 juillet 1892
Mort pour la France
le 17 septembre 1944
au camp de Neuengamme
Allemagne

Le 21 mai 1940, après quatre jours
de durs combats de la 4ème
Division cuirassée, a été enregistrée dans
cette maison, pour être radiodiffusée, une
déclaration de son chef,
le colonel DE GAULLE
faisant part aux Français de sa confiance
dans une victoire finale.


À Châtillon sur Marne

   En 1988, à Châtillon sur Marne, une plaque commémorative a été inaugurée par le président du Sénat, Alain POHER, au domicile du docteur Clément MAROT qui avait soigné en 1943 des pilotes pris en charge par le réseau d'évasion Possum, comme en témoigne dans ses mémoires le navigateur de la RAF Ian ROBB.
   Arrêté le 22 juin 1944 à Châtillon sur Marne, incarcéré à la prison de Châlons sur Marne, puis à Compiègne, le docteur Clément MAROT a été déporté le 15 juillet 1944 au camp de concentration de Neuengamme et affecté dans des Kommandos de Hambourg, puis dans les Kommandos de Husum-Schwesing et de Meppen-Versen, au creusement de tranchées anti-chars. Évacué au camp-mouroir de Sandbostel, il a survécu à la déportation et il est décédé en 1975.

4, place Urbain II à Châtillon sur Marne

Le Docteur Clément MAROT
Commandeur de la Légion d'honneur
Grand Résistant
a vécu
dans cette maison de 1924 au 22 juin 1944
date de son arrestation par la Gestapo d'où il
fut déporté au camp de Neuengamme ( Allemagne )
et décéda des suites de sa déportation
le 3 février 1975

Mort pour la France
( Matricule 37510 )


La plaque à la mémoire de Charles Ledru
au Château de Hartheim en Autriche

   En avril 2008, le fils du chef de Possum, Fred GREYER, m'a fait parvenir la photographie de la plaque érigée dans le Mémorial du Château d'Hartheim en Autriche, où il s'était rendu à l'occasion d'un voyage-pélerinage à Mauthausen avec des membres du réseau Comète.

Le Château de Schloss-Hartheim que les nazis
avaient transformé en centre d'euthanasie

L'intérieur du Château aménagé aujourd'hui en mémorial

La plaque commémorative portant le nom de Charles Ledru
gazé à Hartheim le 5 septembre 1944


Un travail de mémoire qui se poursuit

   Le temps des témoins qui éclairent l'histoire s'achève, le travail des historiens qui est d'expliquer en confrontant de façon critique et sans cesse renouvelée toutes les sources et les témoignages dont ils disposent se poursuit, en même temps que le nécessaire travail de mémoire.
   
   L'importance et l'intérêt apportés à ce travail de mémoire sont attestés par le succès de la conférence qui s'est déroulée à Fismes le 11 novembre 2006, à l'initiative de la municipalité et des Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation et en présence du fils du chef du réseau Possum, venu de Londres, de personnalités belges, et d'anciens déportés marnais.

    À leur tour, les générations nées comme moi pendant ou après la guerre s'intéressent et participent activement à ce travail de mémoire, et cela est très encourageant.

    Très significative a été la présence le 11 novembre 2006 à Fismes du meilleur connaisseur de la partie belge du dossier Possum, commandant Philippe CONNART, chef du Service des Archives notariales au ministère de la Défense à Bruxelles, et de :
      - Fred GREYER, fils du commandant POTIER, le chef de Possum,
      - Brigitte d'OULTREMONT, fille de Georges d'OULTREMONT qui a assuré l'intérim de POTIER à la tête de Possum, lorsque ce dernier a été rappelé à Londres,
      - et d'Annette BIAZOT, fille de Gaston BIAZOT, membre du groupe de résistants belges qui a pris en charge POTIER lorsqu'il a été parachuté en Belgique pour y préparer la Mission Martin.
    Arrivés à l'âge de la retraite, ils s'efforcent de retracer l'itinéraire de leurs parents et de comprendre le sens de leur engagement.

Au centre Yvette Lundy une des dernières survivantes marnaises du réseau Possum
De gauche à droite, Annette Biazot et son mari Christian, Philippe Connart,
Fred Greyer et son épouse Joan, Brigitte d'Oultrement et Jean-Pierre Husson

à l'issue de la conférence du 11 novembre 2006

   La démarche de Fred GREYER, dont la maman, Marjorie AMIS, est décédée au cours de l'été 2006 est particulièrement émouvante.
   Anglaise résidant en France avant la guerre, elle avait fait la connaissance du commandant POTIER à Lisbonne, alors que tous les deux cherchaient à passer en Angleterre. Ils y avaient été transférés ensemble par hydravion en 1942, et s'étaient installés dans la banlieue de Londres, où Fred est né le 28 janvier 1943.
   Avant même sa naissance, le chef du réseau Possum l'avait reconnu et avait exprimé le souhait « qu'il porte son nom et qu'il soit considéré comme son enfant à tous points de vue ».
   Fred à sa naissance a été déclaré sous le nom de Frédédéric POTIER.

Fred dans les bras de son père le commandant Potier
avant le départ en mission du chef de Possum
en juillet 1943
( Archives Fred Greyer )

   Malheureusement l'acte sous seing privé qui en faisait foi n'avait aucune valeur légale en Belgique. En 1948, sa maman qui s'est retrouvée seule après la guerre pour élever Fred, a épousé Marinus GREYER, dont Fred porte aujourd'hui le nom.

   À Fismes le 11 novembre, puis à Reims le 22 novembre 2006, après avoir présenté l'état de mes recherches sur le réseau Possum, j'avais exprimé, à titre personnel, le souhait que la mémoire d'Edgard POTIER, chef de ce réseau d'évasion méconnu, soit d'une façon ou d'une autre associée à l'histoire et à la mémoire de la Résistance dans les deux villes :
   - à Fismes par une plaque commémorative déposée au monument aux morts des deux guerres mondiales et/ou par un nom de rue ;
   - à Reims, par une plaque commémorative déposée au Square des victimes de la Gestapo ou bien sur la façade de l'immeuble où il a été arrêté 36, rue Jeanne d'Arc [ ce qui a ét réalisé en 2008 ] et/ou par un nom de rue.

   Il y a aussi un autre oubli de mémoire, que j'aimerais voir réparer, c'est celui qui concerne
André AUBERT, membre de Libération Nord et du réseau Possum, déporté à Dachau, correspondant dès sa création du Comité d'histoire de la 2ème guerre mondiale, qui a réalisé après la guerre un énorme travail, en particulier autour de la déportation. C'est lui qui a recensé les déportés marnais et dresser pour la Marne ce qu'on a appelé la Carte de la souffrance.

André Aubert, déporté à Dachau
Membre de Libération-Nord et du réseau Possum
Correspondant marnais
du Comité d'histoire de la deuxième guerre mondiale


   Je l'ai rejoint en 1974 et je m'efforce depuis de poursuivre le travail de pionnier qu'il a accompli.
   J'aurais bien sûr plaisir, avant de passer moi-même le relais, à voir la Ville de Reims lui rendre un hommage mérité, comme cela a été fait pour son épouse Berthe, décédée à Ravensbrück.

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